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samedi 21 mai 2011

Roman, l'autre Coppola


Francis Ford Coppola et sa femme Eleanor ont eu 3 enfants: Sofia, la surdouée qu'on ne présente plus; Gio le fils ainé mort dans un accident de bateau à 22 ans et Roman, celui qui vit dans l'ombre de son père, de sa petite soeur et de ses cousins acteurs (Nicolas Cage évidemment et Jason Schwartzman maintenant). Et pourtant, voilà quelqu'un qui ne cesse de m'intéresser depuis (je suis quand même historien de la famille Coppola!) une bonne dizaine d'années maintenant: le modeste mais aussi très talentueux Roman Coppola. Il a su se mettre au service de la famille au début de sa carrière, grimpant les échelons patiemment: réalisateur de seconde équipe sur les films de son père puis de sa soeur. Réalisateur accompli de publicités, de clips, d'un long métrage réussi, scénariste de Wes Anderson et maintenant producteur. Il monte en puissance et il était temps que je lui rende un petit hommage à la hauteur de son talent. Je le considère quand même comme l'un des meilleurs réalisateurs de clip au monde! Et puis il a du style, les gènes italiens sont bien là alliés à l'hyper créativité californienne pour faire de lui un type qui impose désormais le respect. C'est en son honneur que sa soeur Sofia a prénommée sa fille Romy.

Roman Coppola a réalisé le meilleur clip du monde pour un groupe français, Phoenix. Oeuvre coppolissime où Roman s'approprie la commande et ne peux s'empêcher, à l'instar de son père et de sa soeur, de faire oeuvre autobiographique. Le clip de Funky Squaredance fait partie de la collection permanente du MoMA de New York.

En 2001 Roman réalise son unique long métrage, CQ, qui se passe à Paris dans les années 60. Pop et charmant.

Roman Coppola est francophile. Il est né à Neuilly, son beau frère est français et il semble avoir pas mal d'amis dans la ville lumière.

Quelques clips remarquables de Roman Coppola:



Réalisé avec son ex beau frère Spike Jonze:



dimanche 30 mai 2010

Dennis Hopper, une légende hollywoodienne

Dennis la belle gueule a commencé jeune. Sous contrat avec la Warner dans les années 50 comme acteur prometteur il est aux premières loges sur le belvédère du Griffith observatory quand James Dean joue du couteau dans le mythique La fureur de vivre de Nicholas Ray. On l'aurait même vu dans Johnny Guitar! Mais la politique des studios c'est pas son truc. Il devient finalement un artiste west coast, grand photographe du Los Angeles des années 60, il est là avec ses amis Ruscha ou Rauschenberg. Il fréquente même l'immense Marcel Duchamp à la fin de sa vie qui passait par la. C'est lui et son Nikon qui couvrent la session d'enregistrement la plus démesurée de l'histoire du rock: River deep mountain high de Tina Turner sous la direction de son ami dégénéré Phil Spector. Dans sa villa des collines au 1712 Crescent Heights, toute la scène artitistique et rock locale ainsi que les futurs acteurs du Nouvel Hollywood passent. Roger Vadim et Jane Fonda sont des habitués et il couvrira leur mariage a Vegas. Dennis revient au cinéma en interprétant et co réalisant le film qui allait changer et sauver Hollywood: Easy rider. Il repousse les limites cinématographiques avec The last movie mais surtout celles de la défonce. Un art de vivre pour lui! Seul Keith Richards a du faire mieux et encore... Il joue son propre rôle dans le sommet de la folie du cinéma américain des années 70, Apocalypse Now, un photographe défoncé perdu dans un monde parallèle. Même Coppola a failli craquer. Il a erré chez Wenders dans L'ami américain et on l'a même aperçu dans un film réalisé par Francois Weyergans...
Puis il s'entoure la tete de dynamite et allume la mèche pour une expérience "artistique". Conséquences: Il arrête la défonce et devient Républicain! Il est alors le second rôle le plus génial d'Hollywood. Il est monstrueux dans Blue Velvet quand Lynch s'impose cinéaste et est le premier a donné corps comme personne a la prose Tarantinienne dans True Romance. Il a aussi réalisé quelques bons films comme Out of the Blue, Catchfire, Colors. Épousé des femmes sublimes, de la fille d'un grand agent Hollywoodien, Brooke Hayward, à la chanteuse des Mamas and Papas, Michelle Phillips, and passant par la créature Antonionienne de Zabriskie Point, Daria Halprin... Quel autre homme plus que lui aura mieux incarné le Hollywood de ces 50 dernières années dans toute sa grandeur, créativité et folie??? Du Hollywood mythique des grands studios aux artistes pop, de la nouvelle scène rock californienne des sixties à la révolution hollywoodienne des années 70 il en a était un acteur principal ou un précieux témoin. Je dirais même plus, il a été le monstre sauvage d'Hollywood! La cinémathèque française ne s'y était pas trompé en organisant une formidable rétrospective l'an dernier que son immense talent méritait. J'avais eu la chance de le voir a cette occasion. So long Dennis!

samedi 20 février 2010

A la recherche de David Lynch

Ca avait pourtant mal commencé. J'avais bien vu Elephant Man en VHS loué au vidéo club et il fallait bien reconnaître le savoir faire du réalisateur, mais l'extrême pathos du film était difficilement supportable. J'étais aussi resté totalement hermétique face aux vers géants de Dune. Blue Velvet était un film plus fun mais trop maniéré pour totalement me convaincre. Et puis j'avais du enregistrer Eraserhead à la télé, son 1er film, l'oeuvre culte qui l'a fait connaître. Quelle épreuve, j'ai du le voir en 10 fois, mais je l'avais vu... 1990, sortie de Sailor & Lula qui vient de remporter la palme d'or à Cannes. Je me souviens y être allé un samedi après midi au cinéma Le Dragon à La Rochelle avec mon poteau Christophe C. (c'était l'époque où on jouait aux échecs comme des mabouls!). Je me souviens aussi très bien avoir détesté ce film, il n'y a pas d'autres mots! C'était une insuportable parodie de film noir avec quantités de clichés et autres gimmicks (les gros plans sur les cigarettes s'allumant m'avaient rendu fou!). Le dossier Lynch était classé, c'était clair dans mon esprit, David Lynch était un mauvais réalisateur et je ne l'aimais pas! Je pensais comme Bukowski qui écrit dans son roman Hollywood à propos de Lynch et Isabella Rossellini qu'il croise sur le tournage de Barfly un truc du genre:"j'avais l'impression qu'ils se croyaient supérieurs à moi mais je m'en foutais car je savais que j'étais supérieur à eux".

Et puis le buzz est arrivé progressivement. La série Twin Peaks venu des Etats-Unis était un "truc" qui aller révolutionner la télévision. Et en plus c'était génial! J'avais entendu ça dans l'émission de Bernard Lenoir. C'était une série conçu par David Lynch. La série allait être diffusée en France sur la 5 de Berlusconi! Ce soir là d'avril 1991 j'étais seul à la maison et n'avait pas encore fait mon choix. Il y avait un super film sur une chaîne et le 1er épisode de Twin Peaks sur la 5. Je zappais entre les 2 chaînes quand soudain 2 notes de basse et une nappe de synthétiseur m'aspirèrent dans un tourbillon merveilleux dont je ne pouvais me défaire. Mystères à Twin Peaks venait de commencer sur la musique magique d'Angelo Badalamenti et les vocalises éthérées de Julee Cruise. Inutile de vous dire que j'ai laché rapidos la télécommande et n'ai pas raté un épisode pendant 6 mois. Cette série était devenue une veritable drogue! Un feuilleton fantastico poetico policier loufoque avec une galerie de personnages pour le moins rejouissante... Mais qui avait tué Laura Palmer???
A la fin de sa vie Francis Bouygues decida de produire des "films d'auteurs" par le biais de la socièté CIBY 2000. En plus de Talons Aiguilles et La Leçon de Piano il produisit le nouveau long métrage de David Lynch. Celui-ci choisit de faire une version cinéma de Twin Peaks. Il semble que Lynch ait eu une totale liberté pour faire ce film et il s'en donna à coeur joie. Une actrice principale de la série remplacée par une jeune inconnue pour reprendre son rôle mais c'est dans le style qu'il se lacha le plus. Le film se passait avant le début de la série et ne reprenait pas son personnage le plus charismatique: l'agent spécial du FBI Dale Cooper! Et il se permettait même de placer une séquence extrème de night club de 10 minutes sur une musique hypnotique au milieu du film. C'est ça que j'avais préféré mais le film avait laissé tous les fans de la série terriblement frustrés. Ca n'avait rien à voir! Décidément, au moment où j'avais renoué avec Lynch il me laissait en rade.

Nous sommes en 92. Beaucoup oublie Lynch qui se consacre à des tas de projets parallèles... Les années passent jusqu'en 1997 quand on ré entend parler de David Lynch en tant que metteur en scène de cinéma. Son nouveau film s'appelle Lost Highway et les critiques sont bonnes. Rendez vous est pris avec Olbal, fan de toujours de Lynch lui, et Anne pour aller voir le film ensemble à La Rochelle. Double surprise il passe au multiplexe du méga CGR dans la plus grande salle, celle où on programme les grosses productions! Face à l'écran géant on en a pris plein la gueule. Assis dans les premiers rangs d'une salle quasi deserte ce samedi soir je dois avouer que j'ai assisté à un choc cinématographique. Celui en qui je ne croyais plus venait de révolutionner le récit cinematographique dans un film noir enigmatique, fascinant et jubilatoire! Quel bonheur, c'était maintenant clair dans mon esprit, l'homme qui avait conçu la série Twin Peaks et Lost Highway était un grand! Plus d'ambiguités possibles. Comme pour tous les chef d'oeuvres on l'avait vu venir dés le générique, la vision syncopée de la route américaine de nuit avec la double bande jaune sur fond du bien nommé "I'm deranged" par David Bowie. Anne avait eu du mal quand même. Surtout avec le personnage de nain maléfique (face de craie) interprété par Robert Blake (depuis il a tué sa femme pour de vrai et a été acquité et Spector et Polanski ont aussi payé pour lui...) qui se téléphone à lui même dans une séquence d'anthologie. La grande affaire du film c'était qu'au milieu du récit le personnage du film devenait un autre sans raison apparente et ça fonctionnait. Après ça on a bu des bières pour se calmer. En plus j'ai commencé a admirer le dandy Lynch avec sa coiffure improbable, son pantalon de toile à pince, son blazer et sa chemise, détail qui tue, fermée jusqu'au dernier bouton. Les interviews qu'il donne à la presse sont également un plaisir avec sa vision énigmatique et amusante des choses. Il va enchaîner avec un très beau petit film qui n'est pas un scénario personnel, Une histoire vraie. Je découvre en lisant les reportages et interviews que Lynch vivrait et aurait ses bureaux dans un ensemble de 3 maisons dans les collines hollywoodiennes dont l'une est celle ultra-moderne que l'on voit dans Lost Highway. J'avais d'ailleurs flashé sur cette maison en regardant le film.

2001, le nouveau film de Lynch, Mulholland Drive, est présenté à Cannes où il obtient le prix de la mise en scène. C'est une adaptation cinématographique d'un projet de série TV avorté. Du jamais vu comme concept et c'est produit par des français. A l'automne le film sort dans les salles auréolé d'une sacrée réputation. Je vais le voir en avant première à L'Arlequin rue de Rennes. C'est un nectar enivrant sur Hollywood, face lumière et face sombre, où tous les ingrédients Lynchiens (c'est désormais un adjectif) s'entremêlent à merveille en défiant les lois du réalisme. Je vais le revoir 2 fois dans les jours qui suivent dans des salles différentes et la magie opère à chaque fois. Je dévore toute la presse concernant le 1er grand film du nouveau millénaire. J'écoute la formidable B.O., une fois de plus, du compositeur attitré Angelo Badalamenti. Et je placarde même l'affiche géante dans ma chambre!
Dans une interview bonus d'un DVD Lynch parle de son amour pour la lumière de Los Angeles. J'avais ressenti ça dans les films ou à la télé sans être jamais allé à L.A. mais il est le premier à formuler clairement cette pensée. Ca me plaît! Quand au printemps 2006 je pars dans mon pèlerinage californien, Lynch fait parti des étapes incontournables. J'ai bien relu mes archives.
"ces hauteurs ont un nom: Outpost" Cahiers du cinéma spécial Lynch, 1999; "en contrebas de Mulholland drive" Télérama 1999. J'avais bien choisis mon hotel à Los Angeles, sur Franklin avenue, à 50 métres de Outpost drive! Sur le plan de la ville tentaculaire Outpost drive serpente dans les collines jusqu'à Mulholland drive et je connais la maison de visu grace à Lost Highway. Me voilà donc parti au volant de ma voiture de location dans les collines à la recherche de David Lynch! Les Hollywood hills sont quand même un sacré labyrinthe hyper sinueux et même en prenant des voies très étroites quasi privées aux noms hispaniques je ne trouvais point de spot Lynchien... l'impossibilité de faire demi tour et les panneaux anxiogènes de la Bel Air Patrol m'ont vite refroidis. Echec.

En février 2007 le nouveau film de Lynch sort en France, c'est Inland Empire, un film qui ferait passer Lost Highway et Mulholland Drive pour des films du dimanche soir sur TF1! C'est tourné en video numérique. Ses thèmes sont toujours là et la narration ... On se demande tout le long du film comment peut tenir debout un tel délire et pourtant ça marche encore. Impressionnant. Lynch est en France pour la promo du film. Après plus de 2 heures d'attente je rencontre enfin le maître, j'assiste à sa masterclass à la Fnac des Ternes toujours en février. Il est heureux de parler à son public, ses doigts ondulent perpétuellement tandis qu'il délivre son message sur l'origine des "idées". Totalement épanouie, voire jovial et obsédé par l'origine des "idées", il oscille entre ésotérisme et drôlerie... mais quel mèche de cheveux!!!
Dans la foulée une grande exposition de son oeuvre artistique (peintures, dessins, photographies) est organisée à la Fondation Cartier. Il est aussi doué pour tout ça, c'est un artiste multitâches, il fabrique aussi des meubles! C'est sans doute le créateur le plus passionnant de ces 20 dernières années.
Bref, ça m'énervait, je devais trouver où il habite! Je pousse les investigations sur internet et je trouve la piste sur un site allemand d'architecture (ne me demandez pas comment je suis arrivé là) où dans une interview Lynch dit habiter une maison construite par le fils de Franck Lloyd Wright. Je tape le nom de la maison dans Google et trouve l'adresse immédiatement. Et cette adresse correspond parfaitement à la zone que j'avais délimitée! Lors de mon voyage suivant à Los Angeles je pouvais allez vérifier de visu... Dans les collines hollywoodiennes, Lynch a ses bureaux dans la maison moderne de béton que l'on voit dans Lost Highway, juste à côté il y a une 2éme maison dans le même style et la fameuse construction de Lloyd Wright, là où il habite, un bloc rose, sans fenêtre avec une sorte de frise couleur bronze aux motifs sud américains primitifs... Une baraque de dingue!!! J'avais du mettre 2 ans mais je l'avais enfin trouvé ce putain de coin hollywoodien! Sa vie semble ressembler à son oeuvre!
En septembre 2009, Lynch a été invité par les Galeries Lafayette pour décorer les vitrines du grand magasin parisien. Le délire Lynchien est bien en place et ses vitrines sont amusantes. A l'étage du grand magasin sont aussi exposés des lithographies du maître... Et là c'est la stupéfaction! Ils expliquent que quand Lynch est venu pour son exposition à la Fondation Cartier en 2007 il a commencé à faire des lithographies dans un atelier de la rue du Montparnasse et ce sont celles là qui sont exposées. C'est à dire que quand je tournais en rond dans les collines de L.A. à sa recherche, David Lynch pouvait être en train de dessiner à Montparnasse, juste à côté de chez moi!
Depuis il fait la météo presque tous les jours pour son site internet, entre autres projets...

jeudi 12 novembre 2009

Quelques soirées en présence de Francis Ford Coppola

J'avais déjà vu Coppola mais sur le moment je croyais avoir halluciné. Il faut dire que le cocktail de la semaine avait été explosif: jetlag+alcool+indigestion. C'était à San Francisco en avril 2006, un samedi soir, j'avais pris un verre dans un bar de North Beach. Je me souviens très bien qu'il y avait 3 créatures qui jouaient au billard mais il y avait aussi 3 mecs qui avaient l'air de bien les connaître. En plus la serveuse était ouvertement lesbienne alors je décidais de rentrer à mon hôtel pour dormir enfin. Mais je rentrais à pied en passant par Kearny Street. Au 916 se dresse le très vintage Sentinel building, QG de Coppola avec son café au rez de chaussée. Je passais devant de l'autre côté de la rue et me disais en regardant un groupe de 4 personnes prenant un verre: "tiens c'est drôle ce sosie de Coppola à la terrasse du café de Coppola portant le même béret que Coppola et assis à côté du sosie de la femme de Coppola!" Mais je n'avais plus ma lucidité et j'étais à 10 mètres, la route est large ici. J'ai passé mon chemin. Le lendemain j'achète le San Francisco Chronicle et je tombe stupéfait sur l'article suivant: "Matt Dillon dishes on Factotum private parts". Dans lequel est écrit que Matt Dillon venu présenter son nouveau film au festival de San Francisco la veille s'est arrêté saluer Francis Ford Coppola, l'homme qui a lancé sa carrière, au café Zoetrope pour un dîner. Non content d'avoir vu Coppola en vrai j'avais aussi vu le dos de Matt Dillon!
3 ans et demi plus tard Coppola débarque à Paris présenter son nouveau film Tetro. Il y aura une masterclass à la Fnac Montparnasse le vendredi 13 au soir. Le maître, le parrain, la légende du Nouvel Hollywood à 300 m de chez moi, impossible de manquer ça! Je me retrouve donc à faire la queue rue de Rennes dés 8h du matin pour obtenir le précieux sésame quand j'apprends qu'il sera le soir même dans un grand cinema des Halles pour présenter son nouveau film Tetro en avant première.
Mardi à 20h je suis donc à l'UGC des Halles. L'avant première est programmée dans 2 salles à un quart d'heure d'intervalle! Et Coppola passe de salle en salle pour la présentation. Il est pondéralement énorme mais à l'air en bonne forme avec son ample costume clair et son écharpe nouée autour du cou. Il est excessivement à l'aise pour parler à une foule et fait un speech d'introduction très sympa. George Lucas, Apocalypse Now, une anecdote sur ses oscars fracassés (et Francis, je les ai vu tes oscars dans ton château de Napa Valley...), l'idée de son nouveau film venu d'une phrase retrouvée dans ses archives de jeunesse... Je ne suis pas sûr que tout soit vrai, mais quel talent de storyteller!
Puis vint l'événement majeur du vendredi soir à la Fnac. Après 1 heure d'attente nous pouvons enfin entrer dans la salle de rencontres. Tout le monde s'est mis sur son 31 à la Fnac et Christine Masson la maîtresse de cérémonie s'est même maquillée. Le maestro fait son apparition à 20h30 avec le cador français des traducteurs (on connaît tous sa voix) à ses côtés. D'emblée Coppola prend la direction des opérations. "Je n'aime pas le terme de "masterclass" car le cinéma est un art jeune et nous sommes tous des étudiants. J'ai autant à apprendre de vous que j'en ai à vous apprendre."
Aprés 3 questions de la journaliste la parole est donnée aux public. Coppola veut être en relation directe avec son audience. Il aime ça, ce contact, cette transmission. Une question est posée sur Roger Corman (le mythique producteur de série B qui a donné sa chance à tant de talents dont Scorsese, Cameron, Dante, Demme, Nicholson et Coppola bien sûr) qui permet à Francis ("don't call me Mr Coppola, call me Francis") de raconter ses débuts dans le cinéma quand il avait 20 ans avec un talent pour propager sa propre légende assez fascinant! Il parle de ça comme si c'était arrivé hier alors que ça date d'il y a 50 ans. La fameuse annonce à laquelle il a répondu, Corman cherchait quelqu'un qui parlait russe pour remonter une serie B dont il avait acquis les droits, ses ruses pour montrer à Corman qu'il bossait toute la nuit (il s'allongeait toujours sur la table de montage le matin et faisait semblant de dormir!). En fait Coppola dit toujours oui même quand il ne sait pas. "Si tu as un doute, achète" telle est sa devise! Et il s'est donc retrouvé ingénieur du son (il avait lu la notice de l'appareil pendant toute une nuit aprés avoir affirmé à Corman qu'il savait s'en servir!) en Europe sur un film de Corman. En présence de tout le materiel cinematographique Coppola demande à Corman de faire un film. Celui-ci accepte et lui donne 20000$ (Corman est considéré comme le plus grand radin de l'histoire de cinéma, c'était un ingénieur, il connaissait les chiffres et avait des tas de règles strictes mais il a toujours pris des risques et donné sa chance aux jeunes. Coppola dit d'ailleurs qu'en production il a tout appris de lui. Il a titré son autobiographie "Comment j'ai fait des centaines de films à Hollywood sans jamais perdre un centime!"). Ce diable de Coppola arrive à vendre les droits d'exploitation du film, pas encore tourné, à une société pour 20000$ que lui réclame tout de suite Corman. Mais Coppola lui fait comprendre que non! Ce petit film d'horreur tourné en Irlande s'appelle Dementia 13 et est la 1ère réalisation de Francis Ford Coppola. Coppola est peut être le seul réalisateur au monde a engager son argent personnel pour faire un film, il l'a fait plusieurs fois. C'est d'ailleurs avec son argent gagné avec le vin et l'hôtellerie de luxe qu'il a produit totalement indépendamment ses 2 derniers films. Il déteste Hollywood.
Coppola revient aussi sur la mutation du cinema avec le numérique qui confirme sa théorie sur la jeunesse du cinema, langage en perpétuelle évolution. Il avait prédit tout ça nous rappelle t il il y a 30 ans aux Philippines en tournant Apocalypse Now dans des conditions dantesques. "Bon sang mais il doit y avoir un moyen plus simple de faire tout ça!". A l'époque, la fin des années 70, tout le monde le prenait pour un fou. Warren Beatty ("toujours extrêmement gentil avec toutes les femmes!") le conduit même chez le docteur! Il ajoute une anecdote que je n'ai pas pu vérifier: à la cérémonie des oscars 1979 il vient remettre l'oscar du meilleur réalisateur avec la sublime Ali McGraw. C'est Michael Cimino qui obtient la statuette pour Voyage au bout de l'enfer mais avant de la remettre Coppola s'exclame devant le parterre stupéfait des huiles hollywoodiennes que l'avenir du cinema sera électronique!!! Il avait raison, dans 10 ans tous les films seront tournés en numérique (comme son dernier, Tetro, photographié par un jeune chef op roumain présent dans la salle) et projetés en numérique. Au début des années 80 il se lancera dans l'aventure du studio Zoetrope en dirigeant, en direct de son camion régie, le fish eye, les effets spéciaux et la lumière électroniquement de Coup de coeur.
D'ailleurs Francis ne voit rien de mal à ce que des jeunes "échangent" des musiques et des films avec leur ordinateurs... Osé de dire ça à la Fnac. Rires dans la salle.
Il bonnifie toutes les questions, toutes ses réponses sont passionantes!
Coppola en bon américain aime la jeunesse et transmettre, apprendre aux jeunes, ça se voit, tout en les respectant, on se parle d'égal à égal. A la fin de la rencontre il exhorte le public à poser des questions, de préférence difficiles. "Allez y pas de micro, criez! Qui est prêt à mourir ("dying for") pour poser sa question?" La journaliste: "Bon et bien on va terminer là..." Coppola: "Non, non, encore 3 questions, allez encore, toi, SHOUT!!! encore 2 questions, etc..." A la fin il s'en va à la rencontre du public... serrer quelques mains. Un monstre!
Pendant la rencontre Coppola a rappelé la genèse d'Apocalypse Now. Il devait produire ce "gros" film de guerre pour gagner de l'argent pour pouvoir faire des "films d'art" comme il dit. Tous les films de guerre faisaient de l'argent à l'époque. George Lucas le protégé de Coppola devait le réaliser mais il s'est impliqué dans un petit projet personnel de science fiction: Star Wars... Coppola a alors demandé à John Millius, le scénariste, de le réaliser mais celui-ci est parti tourner Conan le barbare! Alors il l'a fait lui même... On connaît la suite! Coppola prend sa famille (comme toujours) et part tourner Apocalypse Now aux Philippines. Il donne une caméra à sa femme pour qu'elle ne s'ennuie pas. Le making of réalisé par Eleanor Coppola s'appelle "Hearts of darkness" et il est un document exceptionnel sur la folie des hommes pour mener à bien la réalisation d' une oeuvre! Coppola est possédé par son projet, quasiment fou, Martin Sheen dans une grosse période de trouble personnel est totalement deconnecté, Dennis Hopper est DEFONCE et Marlon Brando n'est là que pour prendre un maximum de pognon, il se fout royalement du film!


dimanche 17 mai 2009

MANCHESTER est LA capitale mondiale du rock! (8/20)

Durant mes pérégrinations californiennes avait lieu le festival de Coachella du côté de Palm Springs. C'est tout simplement le plus gros festival rock au monde avec un plateau frisant l'indécence cette année. Paul McCartney et Leonard Cohen le même soir, The Cure et My Bloody Valentine pour la clôture!  Manchester y était aussi très bien représenté avec les Ting Tings, Morrissey et les immanquables Chemical Brothers.
THE CHEMICAL BROTHERS

mercredi 22 avril 2009

On the road again

DU BON USAGE DES MUSIQUES ET DES ROUTES
J'ai récuperé ma Hyundai Elantra chez Hertz lundi dernier à Culver City. Un homme d'une cinquantaine d'années rapporte sa voiture devant moi. Il a vraiment la tête de l'américain moyen avec sa casquette, son jean et sa grosse paire de baskets blanches... sauf que quand il se retourne il a une longue tresse de cheveux de cinquante centimètres!
Me voila donc reparti pour un tour sur mes routes preferées... Et j'avais aporté les disques qui vont bien pour optimiser les trajets.
Pour commencer, Mulholland Drive évidemment. La ville de Los Angeles est traversée au nord d'une mini chaine montagneuse (c'est sur l'un de ces monts que se trouve la célèbre inscription HOLLYWOOD) et la route de Mulholland serpente sur la crête de ces collines. On ne sait pas trés bien où  commence et où finit Mulholland Dr mais entre la San Diego freeway, la 405 (prononcer four o five) et la 101 (one o one) on est en plein dedans! D'un côté de la route Hollywood, de l'autre la San Fernando Valley ce damier residentiel gigantesque de près d'un million d'âmes  qui abrite aussi la plupart des grands studios, Universal, Warner et Disney. Mulholland Dr est une route très sinueuse, bordée de précipices et de demeures improbables. C'est au numéro  12800 qu'habite Jack Nicholson mais je n'apercevrais que son portail et le mur de bambous qui cache l'allée qui mène à sa maison. On trouve de tout question architecture, des chef d'oeuvres de design moderne, les charmantes villas de type hispanique et les horribles maisons de ces riches qui n'ont pas de goût. C'est un sacré mélange. Mais l' intérêt majeur de cette route c'est la vue qu'elle offre sur les 2 faces de la ville avec ses panoramas sidérants. Pas de doute, on est bien dans la cité des anges mais attention, les coyotes rôdent et on retrouve régulièrement des cadavres! Pour le plaisir des oreilles j'avais choisis le dernier album de Brian Wilson, That lucky old sun, concept album à la lumière chaude sur la ville de Los Angeles écrit avec son vieux partenaire Van Dick Parks. Just perfect.
Quelques jours plus tard j'ai choisis d'enchaîner du lourd, Pacific Coast Highway et Sunset Boulevard dans la même journée. 
PCH est l'autoroute qui longe le pacifique au niveau de Los Angeles. En fait on longe les garages  des fameuses maisons qui donnent sur la plage de Santa Monica et de Malibu. Il faut quand même sacrément aimer la plage parceque le bruit de l'autoroute juste derrière sa maison... Le problème avec cette route c'est qu'on ne sait jamais quand on doit faire demi tour! Je crois que j'étais encore dans Malibu quand j'ai décidé de faire un demi tour à l'arrache. Il faut dire que les Etats-Unis sont le pays où il est impossible de faire demi tour, il n'y a pas de rond point!!!  Pour admirer la sublime côte californienne avec ses plages et ses collines ensoleillées  j'écoute l'album mélancolique de Dennis Wilson, le frère de Brian, le Beach Boy maudit, qui repose justement là dans le Pacifique, sur dérogation spéciale de Ronald Reagan, où il est mort noyé il y a 25 ans.
Au retour je tourne sur Sunset, l'artère mythique de Los Angeles qui ne semble pas avoir de fin traversant tant de bourgades fameuses, Pacific Palissades, Brentwood, Beverly Hills, West Hollywood, Hollywood etc... Ca commence d'ailleurs à bouchonner sévère, je n'avance plus. La ballade aura duré 3h30. C'est aussi ça Los Angeles. Mais quelle idée j'ai eu d'avoir emporté un CD de Gerard Manset et de l'écouter là sur Sunset. Peut être parce que Manset est l'un des chanteurs les plus impressionnants, profonds, majestueux et impensables qui existe.

DANS LE DESERT DE LA MORT
J'ai décidé d'aller voir plus loin à l'interieur des terres, de quitter l'agglomeration de L.A., de quitter la côte pour m'enfoncer dans le desert... 
Pour quitter la ville Los Angeles est fidèle à sa caricature. Ce ne sont que d'interminables tronçons d'autoroutes, 2 fois 4 voies minimum, qui s'enchevêtrent perpétuellement! La concentration est à son maximum surtout que comme sur le perif parisien les entrants ont la priorité et il y a aussi des sortis par la voie de gauche. De plus on ne roule pas sur de l'asphalte mais sur des sortes de grands blocs de bétons qui remuent drôlement! Alors qu'on se croit au milieu de nulle part, L.A. est loin derrière maintenant, qu'on s'attendrait à être seul sur la route, on est toujours entouré d'un million de voitures sur une 2 fois 6 voies! Ca me rappelle la Nappa Valley. Mais à la longue la civilisation commence à se raréfier enfin et le thermomètre à monter. Et là je ne vous raconte même pas le nombre de pneus éventrés qui jonchent la route, c'est démentiel! Attention, des pneus de bagnoles americaines, des trucs énormes! C'est super chaud, faut les éviter. C'est le moment de la grosse parano, j'espère que mes pneus sont nickel et qu'à Hertz ils ont vérifiés la pression! Passé le gros du trafic, arrêt déjeuner, lunch, à Victorville. On se croirait dans un film des frères Coen. C'est vraiment un trou perdu, très rural, peuplé de cow-boys latinos à la peau tannée. On sent qu'il n'y a rien à faire dans cette ville. Dans un resto mexicain du bord de route je commande les super nachos. Il y a dans mon assiette de quoi nourrir 2 militaires affamés! Je vais au bout de mes forces et j'en avale la moitié! Il faudrait pas que je m'endorme sur la route... On arrive d'ailleurs sur la 127, celle qui mène dans la Death Valley. J'en profite pour me faire plaisir en introduisant Bleu pétrole dans la platine CD de la Hyundai. Je l'avoue, il aura fallu que Bashung meurt pour que je m'intéresse à cet album. Je ne pensais pas qu'avec Gaétan Roussel de Louise Attaque, dont je ne suis pas hyper fan, Bashung pouvait égaler ses plus grands disques mais j'avais tort. De plus Gérard Manset est l'auteur de quelques chansons et je pensais que seul Manset pouvait chanter du Manset. Mais j'avais tort, Bashung s'accapare tout et se l'approprie à merveille. Cet album est bien un chef d'oeuvre. Et Gérard Manset le seul homme au monde à pouvoir placer le mot IMPUTRECIBLE dans une chanson! C'est d'ailleurs dans une chanson exceptionnelle, l'une des plus fortes qui m'ai était donné d'écouter, Comme un lego. 9 minutes métaphysiques au milieu du desert entouré par les montagnes, c'est bien là qu'il faut l'écouter. C'est grand.
Arrivé à Death Valley Junction, "ville" de mon hotel, je dois reprendre la route 7 miles pour trouver à manger. Et là c'est la surprise, le Nevada! Et 100 metres apres la frontière, un casino!
On pénètre là dans le temple du kitsch, un Las Vegas du pauvre. Et ça clope! Et oui, chaque état a sa propre législation. Et on vous fait vite comprendre que le fumeur est roi. C'est eux qui ont les maxi écrans pour regarder la NBA. Le repas ne sera pas extraordinaire et en même temps quand je vois la tête du cuistot passer les plats au bar je comprends: un vieux Thénardier au faciès inoubliable à qui il reste 3 dents! Dans la salle de jeux je vais claquer un dollar dans une machine dont je ne comprends même pas comment marche le jeu! Sous le regard d'une tête de bison, d'un mannequin de Napoléon, j'en passe et des meilleurs...
Le lendemain je survivrais à l'enfer promis dans le désert de la mort. C'est bien la clim dans les voitures! Et le soir à Palm Springs j'ai retrouvé mes consultants sportifs préférés, Kenny Smith et Charles Barclay sur TNT, et mon équipe préférée, les Spurs qui ont atomisés Dallas emmenés par un Tony Parker des grands soirs! 

mardi 14 avril 2009

Phil Spector derrière les barreaux!


Au terme d'un deuxième procés qui aura encore duré 6 mois et prés de 10 jours de délibération le jury a reconnu Phil Spector coupable du meurtre au 2nd degré (qu'est ce qu'on se marre aux States) de Lana Clarkson l'ex actrice B. Le juge Fidler a refusé la liberté sous caution demandé par l'avocat de Spector. Spector a donc été emmené à la prison de Los Angeles où il a passé sa 1ere nuit hier soir. C'est le 29 mai que la sentence sera prononcée et c'est à ce moment là que l'avocat de la défense fera appel. Comme vous pouvez vous en rendre compte c'est très différent du procès d'assises de chez nous ou délibération du jury et sentence prennent une nuit à tout casser (même pour le procès Papon). Ici il a fallu 10 jours juste pour décider que l'accusé était coupable. Reste encore la sentence à déterminer et la procédure d'appel pourra alors s'engager... 

Phil Spector, mon Philou, est donc la 1ere célébrité a être condamné de meurtre à Los Angeles, et Dieu sait qu'il y en a eu des meurtres dans la cité des anges impliquant des célébrités ... C'est quand même un peu une surprise cette condamnation pour meurtre car j'avais plutôt privilégié la piste de l'homicide involontaire... et la longueur des délibérations du jury allait dans le sens de ma thèse mais il en est ainsi, on peut avoir écrit "Be my baby" et être un criminel. C'est ce qu'a décidé le jury. Expliquant leur choix la porte parole du jury, en larmes, a reconnu que c'était difficile d'envoyer un être humain en prison mais qu'ils avaient relus tous les témoignages et revus toutes les preuves avant de prendre leur décision à l'unanimité. 

Ce lundi à 14 heures Spector était arrivé au tribunal avec l'air cadavérique portant un pin's de la bannière étoilé et un inénarrable badge dont il a le secret:"Barak Obama rocks!"! A l'annonce du verdict Spector est resté impassible. Blême et même au delà. Son avocat a eu une réaction plus ostentatoire en se tenant la tête de dépit. Sacré Doron Weiberg, il est quand même considéré comme l'as de la procédure d'appel et devrait s'accorder, encore, de faramineux émoluments pour la suite de l'affaire!  

Hier soir aux informations locales, ces quelques minutes de programmes insérées dans le flux permanent des publicités,  on a vu la photo officielle de Spector en nouveau prisonnier de la prison du comté. Ca fait trés  trés peur, on dirait le personnage de nain machiavelique interpreté par Robert Blake (lui a vraiment tué sa femme dans la vrai vie et a été relaxé!) dans "Lost Highway" de Lynch! On a aussi vu un document d'anthologie sur KTLA. Spector, versant doux et aimable, dans un costume dont il a le secret et avec une luxueuse canne faisant visiter son manoir digne du Xanadu de "Citizen Kane" à une équipe de TV en 2004 et évoquant son projet de reality show "The record producer" ou les participants logeraient au "Chateau"! Encore un projet qui a malheureusement échoué.

Ironie de l'Histoire c'est aujourd'hui que George Harrisson reçoit son étoile, à titre posthume, sur le walk of fame d'Hollywood. George Harrisson célèbre pour avoir été un Beatles bien sûr et aussi pour avoir enregistré l'un des plus grands albums de l'histoire du rock "All things must pass" produit par un certain... Phil Spector.

P.S.: Comme vous pouvez vous en rendre compte je suis l'un des plus grands spécialistes français de Spector, ce qui n'est pas difficile finalement car on doit être moins d'une centaine en France à connaître ce curieux personnage! Et c'est pour cela que j'ai un projet de documentaire sur le célèbre record producer...

dimanche 1 février 2009

Hollywood par Bukowski


Il m'en aura fallu du temps mais ça y est, j'ai lu mon premier Bukowski! Un roman, l'un de ses derniers, "Hollywood". Je ne pouvais pas le rater celui là et bien m'en a pris. A 65 ans Bukowski a un sacré sens de l'observation et de l'analyse. C'est pas 40 ans de picole qui ont alteré son style... Pas de concessions pour les gens du milieu mais du respect et de la sympathie pour ceux qui ont du cran et ceux qui survivent dans les marges du grand rêve américain.

C'est donc l'histoire de Henry Chinaski écrivain alcoolique, qui pond un scénario de film. Chinaski c'est Bukowski évidemment. Il a d'ailleurs le génie des surnoms dans ce livre:  Jon Pinchot, Wenner Zergog, Tab Jones, Jon-Luc Modard, Francis Ford Lopalla, Tom Pell, Ramona, Francine Bowers etc...

Tout ce beau monde se croise à Hollywood au milieu des annees 80 pour faire un film.

C'est le réalisateur Barbet Schroeder qui lui commande le scénario. Bukowski n'a jamais écrit de scénario et le prend comme une expérience nouvelle. Et puis ça sera assez facile pour lui, écrire est naturel alors il livre le scénario rapidement.

A cette époque Barbet Schroeder a fait ses marques en Europe en compagnon de route de la nouvelle vague, producteur des premiers films de Rohmer, réalisateurs de films emblématiques de son époque comme "More" sur les hippies, un documentaire hallucinant sur le Général Amin Dada où celui-ci lui montre ses chambres de torture et un dernier film français en 84 "Tricheurs", avec Dutronc, situé dans l'univers des casinos. Chaque film est une aventure pour Schroeder et il est désormais prêt pour celle hollywoodienne. Il est accompagné d'un certain Steve Baes, acteur et scenariste de "Tricheurs" depuis disparu dans les limbes de l'oubli. Un type du genre hallucinant, un "génie" comme dirait Schroeder. De toute façon il y a beaucoup de "génies" d'aprés Bukowski dans cette histoire... Maintenant que Schroeder a son scénario il cherche un producteur. Sean Penn a vent du projet et contacte Schroeder. Il a envie de jouer "Chinaski" mais seulement sous la direction de son "ami" Dennis Hopper. Les 2 rendent visite à Schroeder à Venice. C'est là que s'est installé Barbet avec son pote le fou, dans le ghetto black de Venice, dans une baraque pourrie où ils jouent leur vie tous les jours en élevant des poules dans le jardin! Schroeder déteste Dennis Hopper et refuse la proposition de Sean Penn (marié à Madonna à l'époque). Bukowski ne sait pas très bien pourquoi ils se détestent mais Schroeder pense que Hopper ne pourrait même pas diriger la circulation alors un film... C'est là qu'interviennent des gens dont on avait oublié l'existence: Menahem Golan et Yoram Globus! Leur compagnie de production, la Cannon, fait une entrée fracassante sur le marché hollywoodien dans les années 80. Ils produisent une série de nanars d'action très rentables aux titres éloquents: "American ninja", "Delta force", "Exterminator 2", etc... Et ils sont très méchants, tout le monde les détestent! Ils produiront quand même on ne sait pourquoi un Cassavetes et une adaptation du Roi Lear par Godard (lui c'était vraiment un génie!) qu'ils ont peu appréciée...

Et ils se lancent aussi dans l'aventure "Barfly" le film de Barbet Schroeder sur un scénario de Bukowski! Ces 2 mecs tarés comme eux doivent leur plaire! En plus Schroeder a réussi à enrôler Mickey Rourke et Faye Dunnaway. Rourke est une star à l'époque. Cela dit les producteurs changent d'avis souvent et ils essaient surtout de réduire les coûts au maximum. Schroeder en a marre et veut récupérer les droits sur le scénario, c'est là qu'il pète les plombs! Il arrive dans le bureau de l'avocat de la Cannon, en présence de Bukowski, avec une 

scie électrique dont il a spécialement choisi la bonne lame pour se couper un doigt. Et il a aussi emmené l'analgésique. Il va se couper le petit doigt s'il ne récupère par ses droits! Même Bukowski est médusé et il faut quand même se lever tot le matin pour faire halluciner Buk à 65 ans. Ca doit être pour ça que le livre est dédié à Barbet... La Cannon rompt et Schroeder garde son doigt. Mais le plus fou c'est que peu de temps après ils décident de re-produire le film!!! Faudrait quand même pas que d'autres puissent gagner de l'argent avec ce projet.

Le tournage peut commencer. Rourke a des caprices de star, il veut une Rolls décapotable de telle couleur et quand il participe à une seance avec un photographe il refuse ensuite que les photos soient publiés. Autrement Mickey Rourke a beaucoup d'amis motards et ne boit pas d'alcool... et c'est pourtant lui qui va interpréter Chinaski! Faye veut une "scène de jambes" alors Bukowski écrit une "scène de jambes". Mais le réalisateur et le scénariste ne sont pas payés, on est au bord de l'arrêt du tournage après les chèques sans provisions reçus par Bukowski et Schroeder. Mais ils prennent Golan et Globus à leur propre jeux en menaçant de publier une page de pub dans Variety avec les photos des chèques rejetés sur des comptes bancaires de pays exotiques au nom de la Cannon. Schroeder est vraiment un tueur et la suite de sa carrière le prouvera avec le droit de diriger des grosses productions américaines de qualité: "Le mystère Von Bulow", "JF partagerait appartement", le remake de "Kiss of death" avec Nicolas Cage et puis son excellent film tourné clandestinement en vidéo au milieu des gangs de Medellin "La vierge des tueurs".  

Pendant ce temps là Bukowski picole, va aux courses et ... roule en BM! C'est son conseiller fiscal qui lui a dit de dépenser tout son argent alors il a acheté une BMW noire et une maison mais sans conviction... Et puis il est tous le temps fourré chez Musso & Frank la brasserie hollywoodienne où décidément tous les écrivains-scénaristes d'Hollywood auront pris leur cuite. Mais à la différence de tous ces légendaires prédécesseurs, Bukowski est chez lui à Los Angeles. C'est sa ville et le cinéma n'aura été qu'une petite péripétie dans sa vie quotidienne rythmée par les courses, l'alcool et la poésie.

dimanche 25 janvier 2009

Cinéma cinémas, l'émission rêvée


Souvenez vous. Les années 80, la deuxième chaîne s'appelait encore Antenne 2 et le programme du soir commençait à huit heures et demi. Rien n'a changé me direz vous?

Si beaucoup de choses! une fois par mois en deuxième partie de soirée on a pu assister pendant une décennie à une émission exceptionnelle de cinema. Comme disait l'autre: "Cinema cinémas, ce n'était pas une émission sur le cinéma, c'était du cinema!". Dans mon souvenir on y interviewait des légendes hollywoodiennes devant leur piscine. En fait pas tant que ça de piscines dans la sélection que j'ai revisionné. En effet un coffret dvd de l'émission vient de sortir et je me suis plongé dedans avec délectation depuis Noël. Une sélection de 12 heures et pas une seconde d'ennuis. Déjà le générique... La musique irrésistible de Franz Waxman pour "Une place au soleil" version toutes cordes dehors. La camera glisse sur les chromos de Guy Pelleart représentant quelques scène mythologiques de l'histoire du cinema: Godard filmant Belmondo sur le capot de la voiture dans "A bout de souffle", Hitchcock tournant "La mort aux trousses" dans les studios de la MGM ou Anita Eckberg dans la fontaine de Trevi à Rome sous la direction de Fellini. Le nom des trois auteurs de l'émission s'inscrit en lettres rouges majuscules comme le nom des acteurs: Claude Ventura, Michel Boujut, Anne Andreu. Le tout est traversé par des bribes de dialogues de ces films "si il croit qu'il va me doubler celui là avec sa frégate à la con!" grommelle Belmondo ou l'insensée hurlement de Rita Hayworth à la fin de  "La dame de Shanghai": I DON'T WANNA DIE!!! qui la propulse pour toujours à la première place de mes actrices adorées. Ca glace le sang. Où est elle allée chercher ce cri? 

Lumière rouge. La cloche stridente du studio peut alors retentir pour le début du tournage ou plutôt de l'émission. Un homme en noir et blanc avance de dos au ralenti dans un couloir et ouvre toutes les portes. C'est Lemmy Caution dans "Alphaville" de Godard. Derrière chaque porte un sujet différent annoncé par la voix géniale de Michel Boujut et filmé en pellicule évidemment. Le titre apparaît en rouge avec le nom des auteurs du sujet. Car c'est bien de mise en scène dont il s'agit et non de promotions ou de quelconques reportages télévisuels... Et ce qu'on voit est fabuleux:

Samuel Fuller à la table de montage en train d'analyser la séquence d'ouverture du "Port de la drogue" avec Richard Widmark le pickpocket et Jean Peters sa victime. Fuller explique comment ce qu'on croit être New York est en fait une rue de Los Angeles!

Scorsese en 83 dans une limousine le menant à l'aéroport d'où il doit s'envoler pour Cannes, parlant beaucoup plus vite qu'aujourd'hui... Un débit de mitraillette!

Pialat en quête de l'instant vrai sur le tournage de "Police" avec Depardieu et une actrice non professionnelle. C'est le show du gros Gégé. Puis Depardieu interpelle un technicien "Marco Ferreri est sur Paris. Il a donné tout son pognon au parti communiste italien, Hi Hi!" "Et son yacht?" lui demande Pialat.

Orson Welles déjeunant au Fouquet's.

Delon ultra professionnel sur le tournage de "Notre histoire". Même l'équipe technique a peur!

Godard dans une voiture accusant les médias d'avoir tués Truffaut.

Lino Ventura ne comprenant pas son image de mec super intimidant "on dirait que je me balade avec une grenade dégoupillée à chaque main et un couteau entre les dents". C'est vrai qu'il fait peur!

Des acteurs dans des chambres d' hôtels qui parlent au téléphone. 

Cassavetes qui tourne "Love streams" chez lui avec sa femme, Gena Rowlands.

Les sujets poétiques de André S. Labarthe dit d'une voix d'outre tombe. Labarthe pèse les livres et rend hommages aux disparus.

Et Godard encore sur le tournage de "Détective" qui invective son chef opérateur dans son style inimitable et qui laisse aller sa haine des techniciens: "Vous les techniciens vous n'avez jamais rien inventés! C'est Hitler qui a inventé l'Arriflex". Pendant ce temps là Johnny Hallyday le nez collé à la fenêtre ne moufte pas... Ambiance.

Mais ce que je préfère par dessus tout ce sont les investigation hollywoodiennes de Claude Ventura et Philippe Garnier (oui mon journaliste préféré de la planète):

La recherche d'un hôtel abandonné dans le désert où Louise Brooks tourna l'un de ses dernier film... le Jacumba Hotel.

La visite de l'appartement de Scott Fitzgerald 40 ans après sa mort. On sent encore sa présence!

Franck Capra hyper poilu à Palm Springs. 

L'annonce passée dans Variety pour retrouver "Lolita" Sue Lyon. 

Les interviews pathétiques de Dmytrick et Stanley Donen qui n'arrivent plus à travailler.

L'improbable rencontre avec Sterling Hayden au petit matin à Sausalito. Hayden arrive dans son coupé décapotable Ghia au pare choc passablement endommagé. Puis il raconte sa folle vie sur sa terrasse face à la baie en sirotant un breuvage mystérieux...

Et puis la recherche de David Goodis par Philippe Garnier dans Los Angeles. Goodis écrivain américain venu de Philadelphie à Hollywood pour gagner sa croûte dans les années 40 comme scénariste. Il n'y a plus aucune trace de lui, enfin presque. Car Garnier qui se prend pour Marlowe retrouve les témoins un par un. De Union Station à Malibu, de la maison de retraite des "gens" du cinema dans les collines à un rade de downtown, le tout au volant de sa décapotable! Franchement un reportage comme ça à la télé c'est trop beau pour être vrai. Un régal.