dimanche 15 mars 2009

Alain Bashung (1947-2009)

Hier soir à la cinémathèque on projetait "Looker", impressionnant film de 1981 avec Albert Finney annonçant la déshumanisation et la numérisation de notre société. Un film réalisé par l'auteur américain à succès, Michael Crichton, qui se révèle ici bien meilleur cinéaste que beaucoup qui prétendent l'être...
Mais la copie qu'on a pu voir hier était dans un état si désastreux qu'il y a eu plusieurs entractes impromptus... A tel point qu'au 2éme j'ai rallumé mon portable pour regarder l'heure. 20h30. Juste le temps de recevoir un SMS. C'était un message de Matthieu. "L'âne qui plane autour des tours de Notre Dame est mort". Et la projection pouvait reprendre pour la dernière demi heure du film. Difficile de se concentrer à vrai dire car j'avais compris le message: Bashung est mort.
Ca remontait à l'album "Chatterton" au siècle dernier, celui où Bashung a été le plus "climatique", enregistré avec des musiciens de 4AD, label mythique pour les initiés. Ce grand disque contenait donc une chanson qui nous a "un peu" marqué avec Matthieu, "Un âne plane", dont je ne peux résister de vous faire lire le texte:
"
un âne plane
autour des tours de Notre Dame
un âne clame son existence
avant qu'elle ne se fane

jette du riz 
sur le parvis
blanchit les gargouilles
jette un sort
à nos chères anatomies

un âne se pavane
au bras d'une courtisane
aux fourmis médusées
distille des pensées se réclame
de l'homme qui a vu l'âne

jette du riz
sur le parvis
anoblit nos brouilles
jette un rubis à nos faces désincarnées

que m'enseignent encore ces néons
rien qui me fasse réfléchir
au delà des halos
on se noie dans des murmures
on se pend au bout du fil
et du reste on n'en a cure

un âne plane
tourne autour du nid
décidément indécis
il se condamne à des soupers
de lui émanent des airs célestes
mais quand vient le sorbet
un âne te réclame

jette du riz
sur le parvis
blanchit les gargouilles
jette au panier
la corbeille et l'osier

jette du riz
jette du riz
jette du riz
jette du riz
jette du riz
"
J'ai eu l'occasion de voir Bashung sur scène 2 fois. La première fois c'était à La Coursive à La Rochelle le 25 novembre 95. Je ne m'en souviens pas trop mais j'étais resté sur ma faim... Bashung était bluesy et sa voix décevante. Il y a un truc qui fait masse? Et puis il venait de nous livrer deux chefs d'oeuvre alors j'attendais sans doute trop. Car avant "Chatterton" il y avait eu l'énorme "Osez Joséphine".  Un blues rock quasi Lynchien sur des textes surréalisto-jouissifs. C'était ça la marque de Bashung, une musique rock très sophistiquée et brillante, à l'égal de celle de nos idoles anglo-saxonnes, sur des textes purement français d'une qualité et d'une originalité exceptionnelles. Si Bashung n'écrivait pas ses textes il en était pourtant l'auteur tant il se les appropriait à merveille. Que ce fût du Boris Bergman ou du Jean Fauque c'était avant tout du Bashung. Je l'ai revu à l'Olympia le 14 juin 2004 où, arrivé à la maturité de son immense talent, il livra une prestation exceptionnelle encore marquée dans ma mémoire lors de cette "tournée des grands espaces". La scénographie en triangle, le guitariste hors norme, le charisme, lunettes noires, et cette fois la voix d'Alain au top ainsi que la descente du ciel de sa compagne à la poitrine tridimensionnelle venue chanter avec lui le cantique des cantiques dans un fauteuil capsule des années 60. Grand moment.
Avant cela Bashung aura galèré dans les années 60 en s'essayant crooner, puis aura soudainement explosé avec Gaby en 80. Je me souviens quand Nobby Clarck, le saxophoniste anglais qui hantait les rues de La Rochelle et les murs du Saoufé dans les années 90, nous avait dit qu'il avait enregistré le saxo sur cette chanson en une journée, une prise et tout seul. Bashung se paiera même le luxe d'engager Gainsbourg pour son album suivant: "Play blessures".
Après cela il enchaîne les disques géniaux jusqu'à "Fantaisie militaire" en 98 qui est certainement le meilleur album français depuis "Histoire de Melody Nelson" de Gainsbourg. Une merveille. Le plus grand rocker français, et il n'y en aura pas d'autre, est mort.



mardi 10 mars 2009

MANCHESTER est LA capitale mondiale du rock! (10/20)

Improbable clip pour cette improbable reprise des Kinks par cette légende de la musique mancunienne qu'est Mark E. Smith, The Fall à lui tout seul! Mark E. Smith est là depuis l'ère punk et continue son bonhomme de chemin loin des modes et de toute compromission... Le dernier des vrais!
THE FALL

mardi 3 mars 2009

MANCHESTER est LA capitale mondiale du rock! (11/20)

Trés début des années 80.
Trés post punk.
Trés New wave.
Trés bon groupe un peu oublié, les Chameleons sont menés par leur bassiste, Mark Burgess, comme les Beatles et les Beach Boys!
THE CHAMELEONS

mardi 24 février 2009

MANCHESTER est LA capitale mondiale du rock! (12/20)

Quand les frères Gallagher sniffaient encore de la colle, avant qu'ils ne deviennent l'un des plus gros groupe de rock du monde, leurs sourcils étaient plus épais et leurs chansons meilleures...
OASIS

vendredi 13 février 2009

MANCHESTER est LA capitale mondiale du rock! (13/20)

Faisons nous peur en ce vendredi 13 avec Magazine, excellent groupe de Manchester de la fin des années 70 emmené par l'hallucinant Howard Devoto! Récapitulons: 
chant: Howard Devoto (ex Buzzcocks)
guitare: John McGeoch (futur Siouxsie & the banshees)
production: Martin "zéro" Hannett
Du lourd!
MAGAZINE

jeudi 5 février 2009

MANCHESTER est LA capitale mondiale du rock! (14/20)

Youtube étant l'objet d'une attaque massive des majors du disque et voulant vous épargner l'un des pires clips de l'Histoire vous apprécierez les Charlatans, groupe emblématique de l'époque Madchester, en live!
THE CHARLATANS

dimanche 1 février 2009

Hollywood par Bukowski


Il m'en aura fallu du temps mais ça y est, j'ai lu mon premier Bukowski! Un roman, l'un de ses derniers, "Hollywood". Je ne pouvais pas le rater celui là et bien m'en a pris. A 65 ans Bukowski a un sacré sens de l'observation et de l'analyse. C'est pas 40 ans de picole qui ont alteré son style... Pas de concessions pour les gens du milieu mais du respect et de la sympathie pour ceux qui ont du cran et ceux qui survivent dans les marges du grand rêve américain.

C'est donc l'histoire de Henry Chinaski écrivain alcoolique, qui pond un scénario de film. Chinaski c'est Bukowski évidemment. Il a d'ailleurs le génie des surnoms dans ce livre:  Jon Pinchot, Wenner Zergog, Tab Jones, Jon-Luc Modard, Francis Ford Lopalla, Tom Pell, Ramona, Francine Bowers etc...

Tout ce beau monde se croise à Hollywood au milieu des annees 80 pour faire un film.

C'est le réalisateur Barbet Schroeder qui lui commande le scénario. Bukowski n'a jamais écrit de scénario et le prend comme une expérience nouvelle. Et puis ça sera assez facile pour lui, écrire est naturel alors il livre le scénario rapidement.

A cette époque Barbet Schroeder a fait ses marques en Europe en compagnon de route de la nouvelle vague, producteur des premiers films de Rohmer, réalisateurs de films emblématiques de son époque comme "More" sur les hippies, un documentaire hallucinant sur le Général Amin Dada où celui-ci lui montre ses chambres de torture et un dernier film français en 84 "Tricheurs", avec Dutronc, situé dans l'univers des casinos. Chaque film est une aventure pour Schroeder et il est désormais prêt pour celle hollywoodienne. Il est accompagné d'un certain Steve Baes, acteur et scenariste de "Tricheurs" depuis disparu dans les limbes de l'oubli. Un type du genre hallucinant, un "génie" comme dirait Schroeder. De toute façon il y a beaucoup de "génies" d'aprés Bukowski dans cette histoire... Maintenant que Schroeder a son scénario il cherche un producteur. Sean Penn a vent du projet et contacte Schroeder. Il a envie de jouer "Chinaski" mais seulement sous la direction de son "ami" Dennis Hopper. Les 2 rendent visite à Schroeder à Venice. C'est là que s'est installé Barbet avec son pote le fou, dans le ghetto black de Venice, dans une baraque pourrie où ils jouent leur vie tous les jours en élevant des poules dans le jardin! Schroeder déteste Dennis Hopper et refuse la proposition de Sean Penn (marié à Madonna à l'époque). Bukowski ne sait pas très bien pourquoi ils se détestent mais Schroeder pense que Hopper ne pourrait même pas diriger la circulation alors un film... C'est là qu'interviennent des gens dont on avait oublié l'existence: Menahem Golan et Yoram Globus! Leur compagnie de production, la Cannon, fait une entrée fracassante sur le marché hollywoodien dans les années 80. Ils produisent une série de nanars d'action très rentables aux titres éloquents: "American ninja", "Delta force", "Exterminator 2", etc... Et ils sont très méchants, tout le monde les détestent! Ils produiront quand même on ne sait pourquoi un Cassavetes et une adaptation du Roi Lear par Godard (lui c'était vraiment un génie!) qu'ils ont peu appréciée...

Et ils se lancent aussi dans l'aventure "Barfly" le film de Barbet Schroeder sur un scénario de Bukowski! Ces 2 mecs tarés comme eux doivent leur plaire! En plus Schroeder a réussi à enrôler Mickey Rourke et Faye Dunnaway. Rourke est une star à l'époque. Cela dit les producteurs changent d'avis souvent et ils essaient surtout de réduire les coûts au maximum. Schroeder en a marre et veut récupérer les droits sur le scénario, c'est là qu'il pète les plombs! Il arrive dans le bureau de l'avocat de la Cannon, en présence de Bukowski, avec une 

scie électrique dont il a spécialement choisi la bonne lame pour se couper un doigt. Et il a aussi emmené l'analgésique. Il va se couper le petit doigt s'il ne récupère par ses droits! Même Bukowski est médusé et il faut quand même se lever tot le matin pour faire halluciner Buk à 65 ans. Ca doit être pour ça que le livre est dédié à Barbet... La Cannon rompt et Schroeder garde son doigt. Mais le plus fou c'est que peu de temps après ils décident de re-produire le film!!! Faudrait quand même pas que d'autres puissent gagner de l'argent avec ce projet.

Le tournage peut commencer. Rourke a des caprices de star, il veut une Rolls décapotable de telle couleur et quand il participe à une seance avec un photographe il refuse ensuite que les photos soient publiés. Autrement Mickey Rourke a beaucoup d'amis motards et ne boit pas d'alcool... et c'est pourtant lui qui va interpréter Chinaski! Faye veut une "scène de jambes" alors Bukowski écrit une "scène de jambes". Mais le réalisateur et le scénariste ne sont pas payés, on est au bord de l'arrêt du tournage après les chèques sans provisions reçus par Bukowski et Schroeder. Mais ils prennent Golan et Globus à leur propre jeux en menaçant de publier une page de pub dans Variety avec les photos des chèques rejetés sur des comptes bancaires de pays exotiques au nom de la Cannon. Schroeder est vraiment un tueur et la suite de sa carrière le prouvera avec le droit de diriger des grosses productions américaines de qualité: "Le mystère Von Bulow", "JF partagerait appartement", le remake de "Kiss of death" avec Nicolas Cage et puis son excellent film tourné clandestinement en vidéo au milieu des gangs de Medellin "La vierge des tueurs".  

Pendant ce temps là Bukowski picole, va aux courses et ... roule en BM! C'est son conseiller fiscal qui lui a dit de dépenser tout son argent alors il a acheté une BMW noire et une maison mais sans conviction... Et puis il est tous le temps fourré chez Musso & Frank la brasserie hollywoodienne où décidément tous les écrivains-scénaristes d'Hollywood auront pris leur cuite. Mais à la différence de tous ces légendaires prédécesseurs, Bukowski est chez lui à Los Angeles. C'est sa ville et le cinéma n'aura été qu'une petite péripétie dans sa vie quotidienne rythmée par les courses, l'alcool et la poésie.