samedi 12 février 2011

Eloge de Tom Cruise (3/3) le mal aimé

Frasques et pétages de plomb en direct à la télévision, prosélytisme, âge, essoufflement de la franchise Mission Impossible, changement générationel du public conduisent celui-ci à se détourner de Cruise, à douter de lui. En bref Tom Cruise n'a plus la cotte, il est sur la voix du déclin. Il va désormais tout faire pour redorer son image et se faire aimer à nouveau en montrant que ce n'est pas un obscur maboul appartenant à une secte mais un mec cool!
En temps que producteur il a encore le culot d'aller chercher un metteur en scène original pour le troisième épisode de Mission impossible, en la personne du petit génie de la télévision, créateur de Lost et Alias: JJ Abrams, qui n'avait jamais réalisé de film. Le risque s'avère une nouvelle fois payant. MI3 est un excellent film d'action pure mais ce sera un échec au box office qui conduira le big boss de la Paramount à se séparer de Cruise. Il n'est plus la plus grande star du monde en ces années 2000.
Mon 1er voyage en Californie au printemps 2006 a coïncidé avec la première hollywoodienne du film au Chinese theatre à 50m de mon hôtel. Je ne pouvais donc pas rater cet événement et voici le petit film que j'avais fait à l'époque. Où l'on se rend compte du professionnalisme de Cruise avec ses fans et du sacrifice qu'il impose à sa femme Katie Holmes deux semaines après son accouchement et je me souviens qu'ils sont restés deux heures dehors ce soir là alors qu' une brise très fraîche soufflait sur Hollywood boulevard! Il y avait aussi pas mal d'acteurs scientologues et Sumner Redstone, le patron de Viacom propriétaire de Paramount qui pése selon Forbes plusieurs milliards de dollars et qui virera Cruise avec fracas quelques semaines plus tard!

Tom toujours positif malgré ce coup dur, qui est aussi une humiliation, et son associée de toujours, Paula Wagner, vont avoir la belle idée de raviver le mythique studio fondé par Chaplin, Griffith, Faibanks et Pickford et depuis tombé en faillite: United Artists. Alors qu'il est au plus bas Cruise a le cran d'aller interpreter un nazi en Allemagne dans Walkyrie sous la direction du réal d'Usual Suspect, Bryan Singer. Je n'ai pas vu le film.
Pour redorer son blason auprès de la jeunesse il va jouer un second rôle de producteur dans la grosse comédie d'action déjantée de Ben Stiller: Tonnerre sous les tropiques. Cruise est génial dans cette parodie d'un producteur hollywoodien qui ressemble à Harvey Wenstein. Il est unanimement encensé pour ce rôle qu'il reprendra pour MTV.


Son dernier film en date sorti l'été dernier, Night & day, est un film d'action-aventure parodique, efficace et jouissif où Tom excelle dans l'auto parodie du héros de film d'action qu'il a pu être dans Mission impossible. Que je sache je ne vois pas ses collègues de films d'action en faire autant et celui ci est particulièrement délirant. Où les fêtes de Pampelune ont lieu à Séville et où l'encierro se termine dans la Real Maestranza, avec Tom Cruise en prime: Vive Hollywood!


Quel avenir pour Tom Cruise? Des grosses productions de "qualité" pour sa société United Artists ou d'autres recréations parodiques pour reconquérir un public perdu et plus jeune? Je n'en sais rien mais les deux projets dont j'ai eu vent sont très alléchants et confirme tout le bien que je pense de lui. Il tourne actuellement Mission impossible 4 à qui il a confié la réalisation à un metteur en scène de... films d'animation! Brad Bird, le réalisateur de Ratatouille. Quelle folie! Et puis on a parlé de The Matarese circle sous la direction de l'immense David Cronenberg, le dernier grand cinéaste anglo saxon vivant avec qui il n'a pas encore tourné!
Vous l'aurez compris, cet acteur me fascine.


samedi 15 janvier 2011

Eloge de Tom Cruise (2/3) le meilleur

Après quelques films comme Jours de tonnerre et Entretien avec un vampire Tom Cruise est au zénith de sa carrière commerciale.

Ma théorie: Tom Cruise ne veux pas être le numéro 1 mais le meilleur, la nuance est subtile mais de taille car elle explique l'exceptionnelle réussite de sa carrière au niveau artistique. Comme il veut être le meilleur il veux faire les meilleurs films possibles et ceux là sont réalisés par les meilleurs metteurs en scène. Toute sa carrière Cruise sera donc attiré par les grands cinéastes et non par les plus puissants ou les plus commerciaux, vous ne le verrez jamais dans un film de Michael Bay par exemple.

Tom Cruise devient aussi un producteur, il initie des films, et lance l'adaptation cinématographique de la série tv Mission impossible. Coup de maître, il choisit Brian De Palma pour le réaliser. Le prologue du film voit apparaître à l'écran un inconnu qui enlève son masque à la fin de la séquence et dévoile ô surprise le visage de Tom Cruise. La plus grande star du monde était à l'écran depuis 5 minutes et nous ne le savions pas. Brian De Palma réalise le film d'auteur ultime, une machinerie d'une intelligence vertigineuse, quintessence de ses thématiques favorites, grand film de et sur la mise en scène, au cœur du plus gros des blockbusters. Je tiens Mission: impossible comme le meilleur film des années 90, un chef d'œuvre aussi dû à l'intelligence de son producteur qui a choisit le meilleur metteur en scène possible et lui a laissé la liberté nécessaire à la réalisation de ce fabuleux film.



C'est Terry Semel et la Warner qui vont avoir le culot de produire le dernier film de Kubrick, adaptation d'une nouvelle de Arthur Schnitzler dont la gageure économique, un blockbuster d'auteur, ne tient que parce que Cruise et sa femme Nicole Kidman, les 2 plus grandes stars de l'époque, acceptent l'aventure, car c'en est une! 2 ans de tournage à Londres...

Ce film de tous les fantasmes est aussi un peu l'autopsie de leur propre couple qui vit là ces derniers instants sous la caméra de Kubrick. Mais un film de Kubrick ne se refuse pas et la soif de progresser au contact des meilleurs, de prendre des risques est le moteur de Cruise. Et c'est aussi le plus court chemin vers la postérité, encore un chef d'œuvre!



Il enchaîne avec un second rôle sous l'œil du nouveau petit prodige du cinéma indépendant américain Paul Thomas Anderson. Dans Magnolia (encore un classique des 90's au passage) il joue un télé évangéliste, sorte de gourou macho totalement timbré. Peut être sa meilleure prestation où l'on voit apparaître son goût pour la parodie...



Le producteur fait une nouvelle fois appel à un grand metteur en scène, John Woo, pour réaliser le deuxième épisode de Mission impossible que je n'ai pas vu...

Il tourne ensuite pour la première fois avec le "réalisateur" américain par excellence, Steven Spielberg (qu'il retrouvera pour l'anxiogène La guerre des mondes), l'un de ses films les plus singuliers et ambitieux, Minority Report, adapté de Phillip K Dick. Dans lequel Tom fait plein de gestes avec ses bras.



Il a même un projet de biopic sur Phil Spector qu'il incarnerait lui même et qu'il produirait, réalisé par Cameron Crowe. Il rencontre Spector chez lui à Passadena mais le projet n'aboutit malheureusement pas... Quel dommage!

En 2004 il tourne encore un vrai film d'auteur, ceux dans lesquels les grands cinéastes imposent leur style. Avec Collateral, Michael Mann nous livre un thriller urbain nocturne hypnotique en numérique. Quand le tueur Vincent est apparu sous les traits de Tom Cruise avec son brushing poivre et sel j'en ai frissonné de plaisir! Un tueur nihiliste dans la ville.



Dans cette décennie des grands films Tom Cruise, contre son énorme potentiel commercial, s'offre aux realisateurs et devient leur créature malléable, modelable, ce qui fait de lui un être assez étrange par moment mais encore plus passionnant finalement. L'acteur rêvé pour les grands cinéastes en quelque sorte!


jeudi 13 janvier 2011

Eloge de Tom Cruise (1/3) le conquérant

Le titre de cette série paraîtra certainement une provocation pour certain. Sans doute Tom Cruise ne serait pas un grand acteur sur une scène de Broadway et il est loin d'avoir le talent des 3 monstres sacrés du nouvel Hollywood: De Niro, Pacino et Nicholson. Mais qui, à part De Niro, sur ces 40 dernières années peut dérouler une filmographie aussi impressionnante? Personne assurément!

Malheureusement en France on considère seulement Tom Cruise sous l'angle de son appartenance à l'église de Scientologie en oubliant que son métier est acteur, aussi pour répondre au énième reportage sur Tom Cruise et la Scientologie diffusé sur France 2 pendant les vacances et bien qu'il faille avouer que ce complément d'enquêtes était sérieux et bien fait, au final le résultat était même: faire passer Tom Cruise pour un fou qui fait peur, je ne m'intéresserai ici qu'à ses films et à ce qu'il y fait dedans afin de lui rendre justice.


En 1983 il a 21 ans et d'emblée il joue sous la direction d'un grand metteur en scène, Coppola, dans Outsiders mais il passe assez inaperçu parmi tous ces jeunes acteurs prometteurs: Matt Dillon, Patrick Swayze, Rob Lowe, Emilio Estevez...



Il enchaîne avec la face fun du teen movie et se révèle enfin avec Risky Business. A l'aise Cruise!



Les années 80, celles de l'impérialisme américain conquérant, triomphant définitivement du communisme, Reagan président et Tom Cruise qui incarne parfaitement cette idée avec Top Gun. En 86 il explose dans Top Gun et devient une star.



La même année Scorsese l'engage dans le rôle du jeune arriviste aux dents longues aux côtés de Paul Newman dans La couleur de l'argent. Je me souviens avoir vu le film à sa sortie en salle et avoir été frappé par l'interprétation de Cruise. Il m'avait semblé meilleur que Newman qui lui semblait déjà vieux, usé et fatigué...



Après le triomphe du pompeux Rain Man Tom Cruise s'embarque dans la grande aventure de Né un 4 juillet avec Oliver Stone et tient son 1er grand rôle. C'est un acteur et un très bon!

dimanche 30 mai 2010

Dennis Hopper, une légende hollywoodienne

Dennis la belle gueule a commencé jeune. Sous contrat avec la Warner dans les années 50 comme acteur prometteur il est aux premières loges sur le belvédère du Griffith observatory quand James Dean joue du couteau dans le mythique La fureur de vivre de Nicholas Ray. On l'aurait même vu dans Johnny Guitar! Mais la politique des studios c'est pas son truc. Il devient finalement un artiste west coast, grand photographe du Los Angeles des années 60, il est là avec ses amis Ruscha ou Rauschenberg. Il fréquente même l'immense Marcel Duchamp à la fin de sa vie qui passait par la. C'est lui et son Nikon qui couvrent la session d'enregistrement la plus démesurée de l'histoire du rock: River deep mountain high de Tina Turner sous la direction de son ami dégénéré Phil Spector. Dans sa villa des collines au 1712 Crescent Heights, toute la scène artitistique et rock locale ainsi que les futurs acteurs du Nouvel Hollywood passent. Roger Vadim et Jane Fonda sont des habitués et il couvrira leur mariage a Vegas. Dennis revient au cinéma en interprétant et co réalisant le film qui allait changer et sauver Hollywood: Easy rider. Il repousse les limites cinématographiques avec The last movie mais surtout celles de la défonce. Un art de vivre pour lui! Seul Keith Richards a du faire mieux et encore... Il joue son propre rôle dans le sommet de la folie du cinéma américain des années 70, Apocalypse Now, un photographe défoncé perdu dans un monde parallèle. Même Coppola a failli craquer. Il a erré chez Wenders dans L'ami américain et on l'a même aperçu dans un film réalisé par Francois Weyergans...
Puis il s'entoure la tete de dynamite et allume la mèche pour une expérience "artistique". Conséquences: Il arrête la défonce et devient Républicain! Il est alors le second rôle le plus génial d'Hollywood. Il est monstrueux dans Blue Velvet quand Lynch s'impose cinéaste et est le premier a donné corps comme personne a la prose Tarantinienne dans True Romance. Il a aussi réalisé quelques bons films comme Out of the Blue, Catchfire, Colors. Épousé des femmes sublimes, de la fille d'un grand agent Hollywoodien, Brooke Hayward, à la chanteuse des Mamas and Papas, Michelle Phillips, and passant par la créature Antonionienne de Zabriskie Point, Daria Halprin... Quel autre homme plus que lui aura mieux incarné le Hollywood de ces 50 dernières années dans toute sa grandeur, créativité et folie??? Du Hollywood mythique des grands studios aux artistes pop, de la nouvelle scène rock californienne des sixties à la révolution hollywoodienne des années 70 il en a était un acteur principal ou un précieux témoin. Je dirais même plus, il a été le monstre sauvage d'Hollywood! La cinémathèque française ne s'y était pas trompé en organisant une formidable rétrospective l'an dernier que son immense talent méritait. J'avais eu la chance de le voir a cette occasion. So long Dennis!

samedi 20 février 2010

A la recherche de David Lynch

Ca avait pourtant mal commencé. J'avais bien vu Elephant Man en VHS loué au vidéo club et il fallait bien reconnaître le savoir faire du réalisateur, mais l'extrême pathos du film était difficilement supportable. J'étais aussi resté totalement hermétique face aux vers géants de Dune. Blue Velvet était un film plus fun mais trop maniéré pour totalement me convaincre. Et puis j'avais du enregistrer Eraserhead à la télé, son 1er film, l'oeuvre culte qui l'a fait connaître. Quelle épreuve, j'ai du le voir en 10 fois, mais je l'avais vu... 1990, sortie de Sailor & Lula qui vient de remporter la palme d'or à Cannes. Je me souviens y être allé un samedi après midi au cinéma Le Dragon à La Rochelle avec mon poteau Christophe C. (c'était l'époque où on jouait aux échecs comme des mabouls!). Je me souviens aussi très bien avoir détesté ce film, il n'y a pas d'autres mots! C'était une insuportable parodie de film noir avec quantités de clichés et autres gimmicks (les gros plans sur les cigarettes s'allumant m'avaient rendu fou!). Le dossier Lynch était classé, c'était clair dans mon esprit, David Lynch était un mauvais réalisateur et je ne l'aimais pas! Je pensais comme Bukowski qui écrit dans son roman Hollywood à propos de Lynch et Isabella Rossellini qu'il croise sur le tournage de Barfly un truc du genre:"j'avais l'impression qu'ils se croyaient supérieurs à moi mais je m'en foutais car je savais que j'étais supérieur à eux".

Et puis le buzz est arrivé progressivement. La série Twin Peaks venu des Etats-Unis était un "truc" qui aller révolutionner la télévision. Et en plus c'était génial! J'avais entendu ça dans l'émission de Bernard Lenoir. C'était une série conçu par David Lynch. La série allait être diffusée en France sur la 5 de Berlusconi! Ce soir là d'avril 1991 j'étais seul à la maison et n'avait pas encore fait mon choix. Il y avait un super film sur une chaîne et le 1er épisode de Twin Peaks sur la 5. Je zappais entre les 2 chaînes quand soudain 2 notes de basse et une nappe de synthétiseur m'aspirèrent dans un tourbillon merveilleux dont je ne pouvais me défaire. Mystères à Twin Peaks venait de commencer sur la musique magique d'Angelo Badalamenti et les vocalises éthérées de Julee Cruise. Inutile de vous dire que j'ai laché rapidos la télécommande et n'ai pas raté un épisode pendant 6 mois. Cette série était devenue une veritable drogue! Un feuilleton fantastico poetico policier loufoque avec une galerie de personnages pour le moins rejouissante... Mais qui avait tué Laura Palmer???
A la fin de sa vie Francis Bouygues decida de produire des "films d'auteurs" par le biais de la socièté CIBY 2000. En plus de Talons Aiguilles et La Leçon de Piano il produisit le nouveau long métrage de David Lynch. Celui-ci choisit de faire une version cinéma de Twin Peaks. Il semble que Lynch ait eu une totale liberté pour faire ce film et il s'en donna à coeur joie. Une actrice principale de la série remplacée par une jeune inconnue pour reprendre son rôle mais c'est dans le style qu'il se lacha le plus. Le film se passait avant le début de la série et ne reprenait pas son personnage le plus charismatique: l'agent spécial du FBI Dale Cooper! Et il se permettait même de placer une séquence extrème de night club de 10 minutes sur une musique hypnotique au milieu du film. C'est ça que j'avais préféré mais le film avait laissé tous les fans de la série terriblement frustrés. Ca n'avait rien à voir! Décidément, au moment où j'avais renoué avec Lynch il me laissait en rade.

Nous sommes en 92. Beaucoup oublie Lynch qui se consacre à des tas de projets parallèles... Les années passent jusqu'en 1997 quand on ré entend parler de David Lynch en tant que metteur en scène de cinéma. Son nouveau film s'appelle Lost Highway et les critiques sont bonnes. Rendez vous est pris avec Olbal, fan de toujours de Lynch lui, et Anne pour aller voir le film ensemble à La Rochelle. Double surprise il passe au multiplexe du méga CGR dans la plus grande salle, celle où on programme les grosses productions! Face à l'écran géant on en a pris plein la gueule. Assis dans les premiers rangs d'une salle quasi deserte ce samedi soir je dois avouer que j'ai assisté à un choc cinématographique. Celui en qui je ne croyais plus venait de révolutionner le récit cinematographique dans un film noir enigmatique, fascinant et jubilatoire! Quel bonheur, c'était maintenant clair dans mon esprit, l'homme qui avait conçu la série Twin Peaks et Lost Highway était un grand! Plus d'ambiguités possibles. Comme pour tous les chef d'oeuvres on l'avait vu venir dés le générique, la vision syncopée de la route américaine de nuit avec la double bande jaune sur fond du bien nommé "I'm deranged" par David Bowie. Anne avait eu du mal quand même. Surtout avec le personnage de nain maléfique (face de craie) interprété par Robert Blake (depuis il a tué sa femme pour de vrai et a été acquité et Spector et Polanski ont aussi payé pour lui...) qui se téléphone à lui même dans une séquence d'anthologie. La grande affaire du film c'était qu'au milieu du récit le personnage du film devenait un autre sans raison apparente et ça fonctionnait. Après ça on a bu des bières pour se calmer. En plus j'ai commencé a admirer le dandy Lynch avec sa coiffure improbable, son pantalon de toile à pince, son blazer et sa chemise, détail qui tue, fermée jusqu'au dernier bouton. Les interviews qu'il donne à la presse sont également un plaisir avec sa vision énigmatique et amusante des choses. Il va enchaîner avec un très beau petit film qui n'est pas un scénario personnel, Une histoire vraie. Je découvre en lisant les reportages et interviews que Lynch vivrait et aurait ses bureaux dans un ensemble de 3 maisons dans les collines hollywoodiennes dont l'une est celle ultra-moderne que l'on voit dans Lost Highway. J'avais d'ailleurs flashé sur cette maison en regardant le film.

2001, le nouveau film de Lynch, Mulholland Drive, est présenté à Cannes où il obtient le prix de la mise en scène. C'est une adaptation cinématographique d'un projet de série TV avorté. Du jamais vu comme concept et c'est produit par des français. A l'automne le film sort dans les salles auréolé d'une sacrée réputation. Je vais le voir en avant première à L'Arlequin rue de Rennes. C'est un nectar enivrant sur Hollywood, face lumière et face sombre, où tous les ingrédients Lynchiens (c'est désormais un adjectif) s'entremêlent à merveille en défiant les lois du réalisme. Je vais le revoir 2 fois dans les jours qui suivent dans des salles différentes et la magie opère à chaque fois. Je dévore toute la presse concernant le 1er grand film du nouveau millénaire. J'écoute la formidable B.O., une fois de plus, du compositeur attitré Angelo Badalamenti. Et je placarde même l'affiche géante dans ma chambre!
Dans une interview bonus d'un DVD Lynch parle de son amour pour la lumière de Los Angeles. J'avais ressenti ça dans les films ou à la télé sans être jamais allé à L.A. mais il est le premier à formuler clairement cette pensée. Ca me plaît! Quand au printemps 2006 je pars dans mon pèlerinage californien, Lynch fait parti des étapes incontournables. J'ai bien relu mes archives.
"ces hauteurs ont un nom: Outpost" Cahiers du cinéma spécial Lynch, 1999; "en contrebas de Mulholland drive" Télérama 1999. J'avais bien choisis mon hotel à Los Angeles, sur Franklin avenue, à 50 métres de Outpost drive! Sur le plan de la ville tentaculaire Outpost drive serpente dans les collines jusqu'à Mulholland drive et je connais la maison de visu grace à Lost Highway. Me voilà donc parti au volant de ma voiture de location dans les collines à la recherche de David Lynch! Les Hollywood hills sont quand même un sacré labyrinthe hyper sinueux et même en prenant des voies très étroites quasi privées aux noms hispaniques je ne trouvais point de spot Lynchien... l'impossibilité de faire demi tour et les panneaux anxiogènes de la Bel Air Patrol m'ont vite refroidis. Echec.

En février 2007 le nouveau film de Lynch sort en France, c'est Inland Empire, un film qui ferait passer Lost Highway et Mulholland Drive pour des films du dimanche soir sur TF1! C'est tourné en video numérique. Ses thèmes sont toujours là et la narration ... On se demande tout le long du film comment peut tenir debout un tel délire et pourtant ça marche encore. Impressionnant. Lynch est en France pour la promo du film. Après plus de 2 heures d'attente je rencontre enfin le maître, j'assiste à sa masterclass à la Fnac des Ternes toujours en février. Il est heureux de parler à son public, ses doigts ondulent perpétuellement tandis qu'il délivre son message sur l'origine des "idées". Totalement épanouie, voire jovial et obsédé par l'origine des "idées", il oscille entre ésotérisme et drôlerie... mais quel mèche de cheveux!!!
Dans la foulée une grande exposition de son oeuvre artistique (peintures, dessins, photographies) est organisée à la Fondation Cartier. Il est aussi doué pour tout ça, c'est un artiste multitâches, il fabrique aussi des meubles! C'est sans doute le créateur le plus passionnant de ces 20 dernières années.
Bref, ça m'énervait, je devais trouver où il habite! Je pousse les investigations sur internet et je trouve la piste sur un site allemand d'architecture (ne me demandez pas comment je suis arrivé là) où dans une interview Lynch dit habiter une maison construite par le fils de Franck Lloyd Wright. Je tape le nom de la maison dans Google et trouve l'adresse immédiatement. Et cette adresse correspond parfaitement à la zone que j'avais délimitée! Lors de mon voyage suivant à Los Angeles je pouvais allez vérifier de visu... Dans les collines hollywoodiennes, Lynch a ses bureaux dans la maison moderne de béton que l'on voit dans Lost Highway, juste à côté il y a une 2éme maison dans le même style et la fameuse construction de Lloyd Wright, là où il habite, un bloc rose, sans fenêtre avec une sorte de frise couleur bronze aux motifs sud américains primitifs... Une baraque de dingue!!! J'avais du mettre 2 ans mais je l'avais enfin trouvé ce putain de coin hollywoodien! Sa vie semble ressembler à son oeuvre!
En septembre 2009, Lynch a été invité par les Galeries Lafayette pour décorer les vitrines du grand magasin parisien. Le délire Lynchien est bien en place et ses vitrines sont amusantes. A l'étage du grand magasin sont aussi exposés des lithographies du maître... Et là c'est la stupéfaction! Ils expliquent que quand Lynch est venu pour son exposition à la Fondation Cartier en 2007 il a commencé à faire des lithographies dans un atelier de la rue du Montparnasse et ce sont celles là qui sont exposées. C'est à dire que quand je tournais en rond dans les collines de L.A. à sa recherche, David Lynch pouvait être en train de dessiner à Montparnasse, juste à côté de chez moi!
Depuis il fait la météo presque tous les jours pour son site internet, entre autres projets...

mardi 24 novembre 2009

Burt Bacharach ou le génie de la pop américaine!

Burt Bacharach est sans doute l'homme qui a composé le plus de tubes de pop music aux Etats Unis. Avec son fidèle parolier Hal David ils ont répandus sur les années 60 une multitude de perles mélodiques et mélancoliques aux arrangements luxuriants. Interprétées par divers interprètes ces chansons sont toujours des classiques. Alors voici une razzia de tubes intemporels qui assureront une opulante richesse à quelques générations d'héritiers du grand Burt Bacharach!
Attention, du très très lourd!











jeudi 12 novembre 2009

Quelques soirées en présence de Francis Ford Coppola

J'avais déjà vu Coppola mais sur le moment je croyais avoir halluciné. Il faut dire que le cocktail de la semaine avait été explosif: jetlag+alcool+indigestion. C'était à San Francisco en avril 2006, un samedi soir, j'avais pris un verre dans un bar de North Beach. Je me souviens très bien qu'il y avait 3 créatures qui jouaient au billard mais il y avait aussi 3 mecs qui avaient l'air de bien les connaître. En plus la serveuse était ouvertement lesbienne alors je décidais de rentrer à mon hôtel pour dormir enfin. Mais je rentrais à pied en passant par Kearny Street. Au 916 se dresse le très vintage Sentinel building, QG de Coppola avec son café au rez de chaussée. Je passais devant de l'autre côté de la rue et me disais en regardant un groupe de 4 personnes prenant un verre: "tiens c'est drôle ce sosie de Coppola à la terrasse du café de Coppola portant le même béret que Coppola et assis à côté du sosie de la femme de Coppola!" Mais je n'avais plus ma lucidité et j'étais à 10 mètres, la route est large ici. J'ai passé mon chemin. Le lendemain j'achète le San Francisco Chronicle et je tombe stupéfait sur l'article suivant: "Matt Dillon dishes on Factotum private parts". Dans lequel est écrit que Matt Dillon venu présenter son nouveau film au festival de San Francisco la veille s'est arrêté saluer Francis Ford Coppola, l'homme qui a lancé sa carrière, au café Zoetrope pour un dîner. Non content d'avoir vu Coppola en vrai j'avais aussi vu le dos de Matt Dillon!
3 ans et demi plus tard Coppola débarque à Paris présenter son nouveau film Tetro. Il y aura une masterclass à la Fnac Montparnasse le vendredi 13 au soir. Le maître, le parrain, la légende du Nouvel Hollywood à 300 m de chez moi, impossible de manquer ça! Je me retrouve donc à faire la queue rue de Rennes dés 8h du matin pour obtenir le précieux sésame quand j'apprends qu'il sera le soir même dans un grand cinema des Halles pour présenter son nouveau film Tetro en avant première.
Mardi à 20h je suis donc à l'UGC des Halles. L'avant première est programmée dans 2 salles à un quart d'heure d'intervalle! Et Coppola passe de salle en salle pour la présentation. Il est pondéralement énorme mais à l'air en bonne forme avec son ample costume clair et son écharpe nouée autour du cou. Il est excessivement à l'aise pour parler à une foule et fait un speech d'introduction très sympa. George Lucas, Apocalypse Now, une anecdote sur ses oscars fracassés (et Francis, je les ai vu tes oscars dans ton château de Napa Valley...), l'idée de son nouveau film venu d'une phrase retrouvée dans ses archives de jeunesse... Je ne suis pas sûr que tout soit vrai, mais quel talent de storyteller!
Puis vint l'événement majeur du vendredi soir à la Fnac. Après 1 heure d'attente nous pouvons enfin entrer dans la salle de rencontres. Tout le monde s'est mis sur son 31 à la Fnac et Christine Masson la maîtresse de cérémonie s'est même maquillée. Le maestro fait son apparition à 20h30 avec le cador français des traducteurs (on connaît tous sa voix) à ses côtés. D'emblée Coppola prend la direction des opérations. "Je n'aime pas le terme de "masterclass" car le cinéma est un art jeune et nous sommes tous des étudiants. J'ai autant à apprendre de vous que j'en ai à vous apprendre."
Aprés 3 questions de la journaliste la parole est donnée aux public. Coppola veut être en relation directe avec son audience. Il aime ça, ce contact, cette transmission. Une question est posée sur Roger Corman (le mythique producteur de série B qui a donné sa chance à tant de talents dont Scorsese, Cameron, Dante, Demme, Nicholson et Coppola bien sûr) qui permet à Francis ("don't call me Mr Coppola, call me Francis") de raconter ses débuts dans le cinéma quand il avait 20 ans avec un talent pour propager sa propre légende assez fascinant! Il parle de ça comme si c'était arrivé hier alors que ça date d'il y a 50 ans. La fameuse annonce à laquelle il a répondu, Corman cherchait quelqu'un qui parlait russe pour remonter une serie B dont il avait acquis les droits, ses ruses pour montrer à Corman qu'il bossait toute la nuit (il s'allongeait toujours sur la table de montage le matin et faisait semblant de dormir!). En fait Coppola dit toujours oui même quand il ne sait pas. "Si tu as un doute, achète" telle est sa devise! Et il s'est donc retrouvé ingénieur du son (il avait lu la notice de l'appareil pendant toute une nuit aprés avoir affirmé à Corman qu'il savait s'en servir!) en Europe sur un film de Corman. En présence de tout le materiel cinematographique Coppola demande à Corman de faire un film. Celui-ci accepte et lui donne 20000$ (Corman est considéré comme le plus grand radin de l'histoire de cinéma, c'était un ingénieur, il connaissait les chiffres et avait des tas de règles strictes mais il a toujours pris des risques et donné sa chance aux jeunes. Coppola dit d'ailleurs qu'en production il a tout appris de lui. Il a titré son autobiographie "Comment j'ai fait des centaines de films à Hollywood sans jamais perdre un centime!"). Ce diable de Coppola arrive à vendre les droits d'exploitation du film, pas encore tourné, à une société pour 20000$ que lui réclame tout de suite Corman. Mais Coppola lui fait comprendre que non! Ce petit film d'horreur tourné en Irlande s'appelle Dementia 13 et est la 1ère réalisation de Francis Ford Coppola. Coppola est peut être le seul réalisateur au monde a engager son argent personnel pour faire un film, il l'a fait plusieurs fois. C'est d'ailleurs avec son argent gagné avec le vin et l'hôtellerie de luxe qu'il a produit totalement indépendamment ses 2 derniers films. Il déteste Hollywood.
Coppola revient aussi sur la mutation du cinema avec le numérique qui confirme sa théorie sur la jeunesse du cinema, langage en perpétuelle évolution. Il avait prédit tout ça nous rappelle t il il y a 30 ans aux Philippines en tournant Apocalypse Now dans des conditions dantesques. "Bon sang mais il doit y avoir un moyen plus simple de faire tout ça!". A l'époque, la fin des années 70, tout le monde le prenait pour un fou. Warren Beatty ("toujours extrêmement gentil avec toutes les femmes!") le conduit même chez le docteur! Il ajoute une anecdote que je n'ai pas pu vérifier: à la cérémonie des oscars 1979 il vient remettre l'oscar du meilleur réalisateur avec la sublime Ali McGraw. C'est Michael Cimino qui obtient la statuette pour Voyage au bout de l'enfer mais avant de la remettre Coppola s'exclame devant le parterre stupéfait des huiles hollywoodiennes que l'avenir du cinema sera électronique!!! Il avait raison, dans 10 ans tous les films seront tournés en numérique (comme son dernier, Tetro, photographié par un jeune chef op roumain présent dans la salle) et projetés en numérique. Au début des années 80 il se lancera dans l'aventure du studio Zoetrope en dirigeant, en direct de son camion régie, le fish eye, les effets spéciaux et la lumière électroniquement de Coup de coeur.
D'ailleurs Francis ne voit rien de mal à ce que des jeunes "échangent" des musiques et des films avec leur ordinateurs... Osé de dire ça à la Fnac. Rires dans la salle.
Il bonnifie toutes les questions, toutes ses réponses sont passionantes!
Coppola en bon américain aime la jeunesse et transmettre, apprendre aux jeunes, ça se voit, tout en les respectant, on se parle d'égal à égal. A la fin de la rencontre il exhorte le public à poser des questions, de préférence difficiles. "Allez y pas de micro, criez! Qui est prêt à mourir ("dying for") pour poser sa question?" La journaliste: "Bon et bien on va terminer là..." Coppola: "Non, non, encore 3 questions, allez encore, toi, SHOUT!!! encore 2 questions, etc..." A la fin il s'en va à la rencontre du public... serrer quelques mains. Un monstre!
Pendant la rencontre Coppola a rappelé la genèse d'Apocalypse Now. Il devait produire ce "gros" film de guerre pour gagner de l'argent pour pouvoir faire des "films d'art" comme il dit. Tous les films de guerre faisaient de l'argent à l'époque. George Lucas le protégé de Coppola devait le réaliser mais il s'est impliqué dans un petit projet personnel de science fiction: Star Wars... Coppola a alors demandé à John Millius, le scénariste, de le réaliser mais celui-ci est parti tourner Conan le barbare! Alors il l'a fait lui même... On connaît la suite! Coppola prend sa famille (comme toujours) et part tourner Apocalypse Now aux Philippines. Il donne une caméra à sa femme pour qu'elle ne s'ennuie pas. Le making of réalisé par Eleanor Coppola s'appelle "Hearts of darkness" et il est un document exceptionnel sur la folie des hommes pour mener à bien la réalisation d' une oeuvre! Coppola est possédé par son projet, quasiment fou, Martin Sheen dans une grosse période de trouble personnel est totalement deconnecté, Dennis Hopper est DEFONCE et Marlon Brando n'est là que pour prendre un maximum de pognon, il se fout royalement du film!